Par Marie-Hélène Legault

Ça y est! Vous avez décidé de vous lancer dans la recherche d’un nouvel emploi? Votre carrière actuelle ne vous satisfait plus? Un changement de cap s’impose? Ou encore… Vous vous relevez tranquillement d’un licenciement? Cela fait un bout de temps que vous êtes éloigné du marché du travail et c’est maintenant que vous comptez vous y replonger? Félicitations! Déjà, ça prend une bonne dose de courage pour faire le premier pas et décider d’avancer dans cette direction!

Bon. Maintenant que le premier pas est fait… Où pose-t-on le pied ensuite? À quelle porte doit-on frapper? Qu’est-ce qu’on doit faire exactement? Par où commencer? Ce serait bête de se tromper! Ouuuf… Vous conviendrez avec moi qu’il est facile de s’égarer dans le merveilleux monde de la recherche d’emploi. La bonne nouvelle? Vous n’avez pas à quitter la maison à la première heure demain matin, 50 CV en main, les papillons au ventre pensant aux nombres de kilomètres que vous aurez à parcourir à un rythme effréné afin d’être bien certain que tous les employeurs du coin seront au courant que vous êtes maintenant disponible… Déjà, je vous sens essoufflé. Blague à part, vous aurez à travailler fort oui, mais intelligemment!

Il n’existe pas de recette miracle associée à la recherche d’emploi, mais il y a bien quelques étapes charnières à respecter si l’on veut s’assurer de faire le bon choix. La meilleure manière d’éviter de se retrouver dans un emploi qui nous déplait et que l’on voudra abandonner au bout de deux semaines, c’est de prendre le temps de réfléchir à ce que l’on veut vraiment, à ce qui correspond à nos intérêts, ainsi qu’a nos besoins réels. Le bilan de compétence représente l’une des démarches qui favorisera cette réflexion et vous permettra du même coup d’adopter un regard nouveau sur vos expériences passées et les savoirs que vous en avez tirés.

Ainsi, avant même de se lancer dans la rédaction du CV ou dans l’épluchage d’offres d’emploi, ça vaut le coup de s’assoir et de mettre sur papier les expériences que l’on a vécues dans le passé. C’est bien le moment où vous pouvez vous lâcher! Plus tard, lorsque viendra le temps de rédiger le CV, on privilégiera la concision, mais maintenant, ce que l’on cherche à faire, c’est d’abord un inventaire, une liste, plusieurs listes, un remue-méninge, ensuite une mise en commun de vos réflexions et de vos motivations. L’objectif, à ce stade-ci du processus de recherche d’emploi, est de constituer votre « magasin » de compétences.

Plus qu’une liste… Un outil de réflexion!

Il faut bien comprendre que le bilan de compétences ne se réduit pas à l’exercice de correspondance entre l’identification de vos compétences et les exigences du poste qui vous serait accessible. Il représente plutôt une démarche réflexive favorisant la compréhension que vous ferez de votre parcours, ainsi que votre mise en action, vers une réinsertion sur le marché du travail, une réorientation, une adaptation professionnelle ou encore une réinsertion professionnelle rapide.

Réfléchir sur quoi au juste?

Bien que la démarche semble aride et longue, n’oubliez pas qu’une fois complétée le reste semblera beaucoup plus clair. Ça vous demandera de la réflexion, mais avouons-le, si vous avez décidé de changer de carrière, de vous investir dans un nouvel emploi, avec de nouvelles responsabilités, de nouveaux collègues, bien du nouveau quoi! Ça vaut bien le coup de réfléchir un moment à la direction que vous voulez prendre, vous ne croyez pas?!

Parlons pratico-pratique… Il existe plusieurs formes, approches et types de démarche liés à l’outil que représente le bilan de compétences. On peut le faire par soi-même, à l’aide d’un guide, en suivant des étapes, accompagné par un conseiller en emploi, un conseiller d’orientation ou encore en démarche de groupe comme l’on conçut Guylaine Michaud, Patricia Dionne et Ginette Beaulieu, conseillères d’orientation et auteures de l’ouvrage « Le bilan de compétences : Regards croisés entre la théorie et la pratique ». Bref… Des ressources, il y en a! Reste qu’elles proposent toutes une formule de base qu’il vous est proposé d’explorer ici. Voyons enfin de quoi ce fameux bilan sera constitué.

L’outil devrait généralement prendre la forme d’un tableau présentant différentes catégories : « Emplois et stages », « Implications sociales », « Formations académiques », « Formation hors réseau scolaire, continue, sur mesure, etc. », « Activités récréatives », « Expériences particulières (voyage, échange, compétition, organisation d’une activité, week-end de croissance, etc.) », « Prix et distinctions ». Sous chacune des catégories, vous devriez pouvoir inscrire les expériences que vous avez réalisées. Ça ne s’arrête pas là… À chacune de ces expériences devraient être associés des savoirs, savoir-faire et savoir-être. C’est ici que la réflexion devient un peu plus profonde. Les savoirs sont relatifs aux connaissances, les savoir-faire à la mise en application concrète de celle-ci, à la capacité d’exécution d’une tâche ou d’une technique alors que les savoir-être sont liés aux attitudes adoptées, à la personnalité, la façon d’être, de se comporter et d’entrer en relation avec autrui.

Et oui c’est permis d’aller chercher du côté de nos expériences extraprofessionnelles. Pensez aux stages que vous avez réalisés, à vos expériences de bénévolat, la fois où vous avez organisé une surprise-party mémorable pour l’anniversaire de vos parents, les cours de théâtre que vous avez suivis, vos formations complémentaires aussi! Tout ça, ça compte! Rappelez-vous que le but est de constituer votre magasin de compétences, dans lequel vous irez plus tard piger pour constituer votre CV, votre lettre de présentation et mettre en pratique votre habileté à mener un entretien d’embauche efficace.

Une fois votre magasin bien rempli, ce serait le moment d’extrapoler la réflexion en réfléchissant par exemple à ce que vous avez aimé et moins aimé dans vos expériences professionnelles et personnelles passées. Pensez également aux choses dont vous êtes fiers, à ce que vous avez appris sur vous-même en les réalisant. Cet exercice vous permettra à la fois d’identifier vos forces, vos acquis et de déterminer les points sur lesquels vous voulez travailler dans les prochains mois, voir années.

Qui décide d’entreprendre un bilan de compétences et pourquoi?

Dans les faits, tous les adultes en emploi ou à la recherche d’un emploi sont susceptibles de recourir au bilan de compétences au cours de leur carrière professionnelle (Michaud, Dionne et Beaulieu, 2007). Pourquoi un public aussi large? Tout simplement parce que l’environnement externe et interne aux organisations et les réalités multiples du marché du travail n’épargnent personne. Tous les membres de la population active de la société peuvent un jour ou l’autre en ressentir les effets et devoir s’y ajuster. Les clients qui consultent pour effectuer une démarche de bilan de compétences sont « confrontés à la précarité des emplois et à l’exigence de s’orienter et de se former tout au long de leur vie pour éviter l’exclusion professionnelle » (Michaud, Dionne et Beaulieu, 2007). Ce sont donc entre autres les travailleurs expérimentés qui sont aujourd’hui retenus plus longtemps en poste dû au manque de relève et les travailleurs qui ressentent un effet de plafonnement au travail qui bénéficie aujourd’hui de la démarche de bilan de compétences. Les individus qui ont perdu leur travail pour cause de compression économique ou autre et ceux qui souhaiteraient bien gravir les échelons de l’organisation pour laquelle ils travaillent comptent également parmi ceux qui entreprennent ce genre de démarche. « D’autres sont intéressés à entreprendre une démarche de bilan pour mieux connaître leurs compétences, dans le but de favoriser leur adaptation aux exigences du marché du travail et de devenir proactifs dans leur cheminement de carrière » (Michaud, Dionne et Beaulieu, 2007).

Qu’est-ce que ça donne ?

Nous l’avons mentionné plus haut, l’exercice mental que représente le bilan de compétences permettra à toute personne qui s’y prête de constituer un éventail impressionnant et détaillé des forces, des aptitudes, des qualités professionnelles et des compétences qu’elle a acquise à travers ses expériences autant professionnelles que personnelles. Mais les avantages vont au-delà de ça.
En ce prêtant à ce jeu, vous vous accorderez un espace, un temps pour exprimer votre inconfort, vos craintes face aux événements qui vous bousculent, vos rêves aussi. Un temps pour réfléchir aux éléments qui ont motivé vos choix. Un temps pour mettre sur papier vos réalisations et constater l’ampleur des raisons pour lesquelles vous devriez recouvrer un sentiment d’efficacité personnelle ou tout simplement, être fier de vous.
D’une telle expérience résultera, la formulation de questionnements, de prises de conscience, de réflexions liées aux choix personnels et professionnels effectués jusqu’ici. De ces réflexions, naissant d’un regard approfondi sur votre passé, pourront ensuite se dégager de nouvelles idées quant à la suite de votre carrière. Il devrait être plus aisé de vous projeter dans l’avenir, de vous voir ailleurs, de considérer vos acquis, de vous les approprier et de pouvoir en parler à ceux qui ont justement besoin de vos forces!
Au final, vous serez assurément bien moins embêté de savoir quoi mettre à l’intérieur de votre CV une fois que vous aurez effectué un bilan de compétences. Vous serez également plus apte à vous présenter en entrevue, à faire la démonstration de vos forces devant l’employeur puisque celles-ci seront fraîches dans votre mémoire. Vous y aurez déjà longuement réfléchi.
Et pour ceux qui croyaient ne pas retrouver grand-chose dans leur bilan, je suis prête à parier que vous serez surpris par l’étendue de vos compétences, et ce, peu importe votre âge et le nombre d’années d’expérience que vous avez sur le marché du travail.

Marie-Hélène Legault
Conseillère en emploi
Emploi Jeunesse

 

RÉFÉRENCES

Auclair, K. (2011). Avez-vous fait votre bilan de compétences? Récupéré le 28 avril 2015 de https://www.lesaffaires.com/blogues/kim-auclair/avez-vous-fait-votre-bilan-de-competences-/538942

Granger, S. (2015). L’importance de faire un bilan de compétences. Récupéré le 28 avril 2015 de http://matv.ca/montreal/matv-blogue/mes-articles/2015-03-18-l-importance-de-faire-un-bilan-de-carriere

Michaud, G., Dionne, P., Beaulieu, G. (2007). Le bilan de compétences : Regards croisés entre la théorie et la pratique. Québec : Septembre éditeur.

Nadon, C. (2014). Méthodes dynamiques de recherche d’emploi: Diaporama du cours CAR2620. Université du Québec à Montréal, Faculté des sciences de l’éducation.

Poulin, D. (2014). Validation des acquis, bilan de compétences et planification de carrière: Diaporama du cours CAR3330. Université du Québec à Montréal, Faculté des sciences de l’éducation.